Les 100 photos du siècle: Poings levés à Mexico, 8/100

 

 

Alors que débute la Coupe du Monde de foot scandaleuse au Quatar, j’ai eu envie de partager la vidéo que j’avais consacrée à Tommy Smith, l’un des meilleurs athlètes de tous les temps, qui avait décroché la médaille d’or du 200 m aux JO d’été de Mexico, en 1968. C’était le 17 octobre 1968, en pleine ségrégation raciale aux Etats-Unis. Au moment où résonne l’hymne national, Tommie Smith et John Carlos (3ème sur le podium) lèvent leur poing ganté sur la tribune, devant les caméras du monde entier. Cet acte courageux aura un impact fulgurant pour la cause des droits civiques. Il coûtera leur carrière aux deux athlètes afro-américains, ainsi qu’à l’Australien Peter Norman (médaille d’argent) qui par solidarité portait un badge de l’Olympic Project for Human Rights.

A l’époque, le président du CIO , Avery Brundage, avait ordonné l’expulsion de Smith et Carlos du village olympique, au motif qu’ « une protestation concernant la politique intérieure d’un pays n’a pas sa place au sein d’un évènement apolitique tels que le sont les Jeux olympiques« . 54 ans plus tard, ce sont à peu près les mêmes mots  qu’ont utilisés le président Macron et sa ministre des sports  pour couper court aux critiques concernant la coupe du monde au Quatar…

Alors que le dérèglement climatique s’emballe et que la 27ème COP sur le climat a tourné au fiasco, il est révoltant de constater l’aveuglement des politiques et des sportifs de haut niveau qui vivent complètement hors sol, comme les cochons des élevages intensifs

 

Les 100 photos du siècle: Che Guevara, 7/100

 

C’est l’une des photos les plus reproduites au monde, et aussi l’une des plus grandes arnaques de l’histoire de la photographie: le cliché n’a pas rapporté un centime à son auteur, Alberto Korda, que j’ai interviewé à Cuba, deux ans avant sa mort. A cette époque, je réalisais un documentaire, intitulé Mon père, le Che », avec Ernestico, le dernier fils du révolutionnaire argentin (que je mettrai prochainement en ligne).

 

Les 100 photos du siècle: Gandhi 6/100

 

Au moment où la désobéissance civile est stigmatisée, voire criminalisée, je présente la vidéo que j’avais consacrée à la photo la plus célèbre de Gandhi, prise par Margarethe Bourke-White en 1946 . Je rappelle que le concept de désobéissance civile a été forgé au XIXe siècle par le philosophe américain Henry David Thoreau (dans son essai Désobéissance civile, publiée en 1849), et qu’il repose sur des actions non violentes et la résistance passive, ayant inspiré dans l’histoire de nombreux militant·es, comme Martin Luther King, Mandela ou le leader charismatique indien, qui est parvenu à mettre fin à près de deux siècles de colonialisme britannique dans le sous-continent. En France, le Manifeste dit des  » salopes », paru dans Le Nouvel Observateur le 5 avril 1971, où 343 femmes déclaraient avoir avorté, alors que l’IVG était interdite et réprimée, constituait aussi un acte de désobéissance civile. Finalement, grâce notamment à cet acte courageux,  l’avortement sera  légalisé par la loi Veil deux ans plus tard. En fait, l’histoire regorge d’exemples, où des actions considérées comme illégales à un moment donné, étaient finalement légitimes, car la loi qu’elles étaient censées enfreindre était obsolète ou inadaptée. Le but des adeptes de la désobéissance civile est de promouvoir une modification de la loi afin de  faire coïncider la légitimité historique  avec la légalité circonstancielle.

Je rappelle, enfin, que la Cour européenne des droits de l’homme a affirmé à plusieurs reprises que la désobéissance civile  constitue l’un des aspects les plus importants de la liberté d’expression .

Les 100 photos du siècle: l’araignée d’amour 5/100

 

Quand j’ai interviewé Henri Cartier-Bresson (1908-2004) en 1998, il venait de célébrer ses 90 ans. Le rendez-vous n’avait pas été facile à obtenir, car le photographe mythique du XXème siècle détestait commenter ses photos, ainsi que me l’avait expliqué son assistante. Finalement le maître du « tir photographique » a accepté, à condition de sélectionner lui-même le cliché qui allait le représenter dans la série des « 100 photos du siècle ». Il a choisi « l’araignée d’amour ». Une belle illustration de ce qu’il appelait « l’instant décisif »…

Les 100 photos du siècle: Tomoko dans son bain 4/100

 

Entrée dans l’histoire comme la « catastrophe de Minamata », c’est l’une des plus grandes pollutions chimiques du XXème siècle.  Dans les années 1950, un mal inconnu frappe les familles de pêcheurs de cette baie japonaise, où explosent les malformations congénitales. En cause: le mercure rejeté dans la mer par l’usine pétrochimique de Chisso.  Au début des années 1970, le photographe Eugene Smith et son épouse Aileen décident de s’installer pendant deux ans à Minamata pour documenter ce drame ignoré par les autorités publiques.  Il faudra vingt-cinq ans de lutte acharnée pour que la population obtienne la condamnation des pollueurs. Cette vidéo est un hommage à un photographe qui « communiquait avec le coeur » et qui, pour la première fois, a su donner un visage à la pollution industrielle.

Les 100 photos du siècle: Hitler 3/100

En parcourant la liste des « 100 photos du siècle », mon regard s’est arrêté sur celle que j’avais consacrée à Hitler, l’un des plus grands criminels du XXème siècle. En ces temps terribles de poussée de l’Extrême droite partout dans le monde, – au Brésil, en Italie, Suède, France, Etats-Unis, etc- n’oublions jamais que le « Führer » est arrivé au pouvoir par les urnes, en s’appuyant sur la propagande véhiculée notamment par les images…

 

 

Les 100 photos du siècle: « Tchernobyl » 2/100

Au moment où la guerre en Ukraine fait rage et que le dictateur Poutine laisse planer la menace d’une catastrophe naturelle, je mets en ligne la vidéo que j’ai filmée en 1998 à Tchernobyl avec le  photographe Igor Kostine. Ce reporter exceptionnel, qui travaillait alors pour l’agence de presse soviétique Novosti, fut le premier à documenter l’incendie du réacteur ukrainien qu’il survola en hélicoptère pendant la nuit du 26 avril 1986. Il photographia également le travail périlleux (et bien souvent mortel) des dizaines de milliers de « liquidateurs », ces ouvriers réquisitionnés pour recouvrir d’une pelle de béton le réacteur en fusion. Quand je l’ai rencontré, il continuait de témoigner des dégâts provoqués par la contamination radioactive sur les humains et les animaux.

Depuis ce voyage à Tchernobyl, j’ai compris que ceux qui promeuvent l’énergie nucléaire, comme l’une des solutions pour résoudre le dérèglement climatique,  sont ni plus ni moins que des Frankenstein irresponsables qui gaspillent l’argent public et hypothèquent l’avenir des générations futures.

 

 

Les 100 photos du siècle: « Brûlés au napalm »

De 1997 à 1999, j’ai réalisé « Les 100 photos du siècle« , une série de 100 modules de 6’30 diffusée sur ARTE , puis sur une cinquantaine de télévisions internationales. Je travaillais alors à l’agence CAPA, où je dirigeais une équipe d’une dizaine de personnes, sans lesquelles cette série n’aurait pu voir le jour.  « Les 100 photos du siècle » c’est aussi un livre publié par les Éditions du Chêne et traduit en sept langues.

Voici ce que j’ai écrit dans la préface du livre:

« Tout commence (toujours) par une rencontre. Réelle ou imaginaire. C’était en 1989, lors d’un reportage à Cuba. Un ami me raconte que Kim Phuc, la petite fille qui court sur une route vietnamienne, la peau dévorée par un jet de napalm, étudie à La Havane. Émotion. Qui n’a pas frémi devant cette image bouleversante qui reste à jamais l’un des plus puissants symboles de la guerre du Vietnam ? L’envie de rencontrer Kim Phuc est à l’origine des Cent photos du siècle. L’idée: raconter l’histoire du XXème siècle  à travers celle des grandes photos qui l’ont incarnée, en retrouvant, aux quatre coins du monde, leurs personnages et auteurs, ou leurs descendants. Un formidable voyage dans l’espace et le temps, sur les traces de la mémoire, intime ou collective.
 La sélection des photos repose sur cinq critères: la notoriété internationale du document; son caractère emblématique au regard de l’Histoire; son importance pour l’histoire du photojournalisme ou, parfois, de la photographie en général; l’opportunité de rencontrer ses héros, bien souvent anonymes, et ses auteurs, ou leurs proches; enfin, l’existence d’une « anecdote » qui a présidé à la naissance de l’ icône. Au-delà de cette grille objective, reste une part de subjectivité revendiquée: certaines photos ont été sélectionnées sur simples coups de coeur ou hauts le coeur, ou parce qu’elles me semblaient représenter une pièce signifiante dans ce vaste puzzle que dessine le processus de fabrication de la mémoire illustrée du siècle. D’aucuns invoqueront des oublis ou des choix surprenants. s’il fallait les justifier, je dirais qu’ils ont été tissés par un seul et même fil d’Ariane: la volonté de rendre hommage aux hommes et aux femmes qui, parfois au péril de leur vie, ont capté une une parcelle de notre Histoire, un appareil photo à la main. En ces temps de remise en cause du métier de photojournaliste, c’était un vrai parti pris ».
Voici donc l’histoire de Kim Phuc, photographiée par Nick Ut, que j’ai rencontrés respectivement à Toronto et Los Angeles.